E.Message: L'iPad, outil révolutionnaire pour l'université
Pour compléter l'article de Nadège sur l'Ipad... non seulement les chiens pourront commander leurs croquettes grace à l'Ipad mais les étudiants pourront également en tirer un bénéfice... ;)
Je vous copie un billet de Richard Descoings que vous pouvez également trouver sur http://www.challenges.fr/magazine/analyse/0210-030551/l-ipad-outil-revolutionnaire-pour-l-universite.html
"L'iPad s'arrache aux Etats-Unis, est attendu avec ferveur - ou inquiétude dans les autres pays du monde. L'iPad, pour ce qui est de son application iBooks, concerne directement le monde de la documentation scientifique, et donc des bibliothèques universitaires, parce que c'est tout à la fois un lecteur de livre numérique ; une bibliothèque ambulante que l'on peut porter sur soi ; une librairie portative qui permet d'acheter des livres exactement comme des morceaux de musique, des vidéos ou des films via d'autres applications numériques. Vu d'un établissement d'enseignement supérieur et de recherche - Sciences-Po -, dont la bibliothèque est l'un des fleurons, quelle étape de la révolution numérique est-il susceptible de marquer ?
Rappelons d'abord que la révolution numérique des bibliothèques ne date pas d'hier. La technoscience génère des milliards de données qui n'existaient pas auparavant - la production des synchrotrons, les centres de recherche sur les nanosciences et les nanotechnologies, le séquençage du génome humain... Et parce qu'elles sont numérisées, ces données sont accessibles universellement à tout moment. Les bibliothèques universitaires ont donc dû, depuis longtemps déjà, s'adapter à la fois à la croissance exponentielle de l'information scientifique et à sa dématérialisation. Mais plus encore que le saut quantitatif, la révolution numérique se traduit par le raffinement de la recherche documentaire grâce aux moteurs de recherche, l'accélération de la circulation de l'information et la construction de la connaissance en réseau. Les frontières entre la recherche et ses productions scientifiques, la pédagogie et la fonction documentaire sont devenues poreuses. Comme le souligne François Cavalier, le directeur de la bibliothèque de Sciences-Po, les bibliothèques sont de moins en moins des lieux de stockage et de conservation des documents et de plus en plus des espaces de service et d'assistance, où collaborent équipes de recherche, équipes pédagogiques et équipes documentaires.
La bibliothèque de Sciences-Po propose à ses lecteurs, élèves, professeurs et chercheurs, l'accès à 14 000 revues numériques, soit depuis les locaux même de la bibliothèque, soit depuis son bureau ou son domicile. Les 18 000 dossiers de presse tenus sur les sujets les plus divers depuis plusieurs décennies sont eux-mêmes en voie de numérisation. Et les travaux des professeurs et chercheurs sont directement mis en ligne, pour constituer progressivement les archives ouvertes à tous depuis toute forme de terminal donnant accès à Internet.
Le débarquement de l'iPad constitue-t-il une rupture ? Oui et non. Non, si l'on considère seulement l'aspect livre numérique. Des e-books sont déjà proposés par Kindle en lien avec Amazon. La nouveauté n'est donc pas là. Certes, la technologie d'Apple est très sensiblement améliorée pour le confort de la lecture, mais c'est en somme le sort de tout nouveau produit qui intègre les dernières avancées technologiques au moment de sa sortie sur le marché.
Mais oui, l'iPad peut être une étape nouvelle de la révolution numérique. A condition qu'il soit un succès commercial et vienne donc véritablement modifier le comportement des lecteurs. Des lecteurs traditionnels, ceux qui aiment, achètent et lisent les livres papier. Et de nouveaux lecteurs, ceux, parmi les jeunes notamment, dont la relation aux livres était en chute vertigineuse. Si les lecteurs passent vraiment de la lecture papier à la lecture numérique, alors oui, alors seulement, une nouvelle étape sera franchie. A la bibliothèque de Sciences-Po, environ 250 000 livres et numéros de revues papier sont prêtés chaque année, avec une certaine stabilité dans le temps ; et pendant longtemps, l'accès aux ressources numériques demeurait en retrait. La rupture s'est accomplie ces trois dernières années : 350 000 téléchargements en 2007, 700 000 en 2008, 1,3 million en 2009. Les générations nées avec le numérique, et surtout avec le haut débit, sont arrivées. Ce sont elles qui peuvent révolutionner les modes de lecture.
Et c'est là que l'iPad devient révolutionnaire. Car il s'agit d'un outil qui n'est pas seulement un livre numérique. C'est, en un même objet, la conjugaison possible de tout ce qui fait le quotidien d'un chercheur, d'un professeur ou d'un étudiant : son bureau, ses journaux, son agenda, sa bibliothèque personnelle, sa salle de cours avec les applications pour les cours en ligne, l'accès aux vidéos et aux données statistiques, ses courriels et ses réseaux sociaux. L'iPad ne serait plus alors un élément de la révolution numérique des bibliothèques, mais une bibliothèque révolutionnée par le numérique. Le tout tenant dans ses mains, et pesant 650 grammes."
Richard Descoings