Christian Germier : La technologie n'est rien sans l'homme
Devinette : En dehors du fait qu'elles présentent toutes deux un TNI (Tableau Numérique Interactif), quel est le point commun entre ces deux images?
Réponse: le professeur (ou l'animateur) est "scotché" à son tableau.
Autrement dit, je ne vois pas de différence avec l'image ci-dessous :
C'est en lisant la plaquette de la mission Fourgous "réussir l'école numérique" (rapport remis au ministre de l'Education Nationale le 15 février 2010 : link ) qu'une petite expérience m'est revenue à l'esprit.
Mais d'abord, que dit (entre autre) le rapport ? Que la France est très en retard en terme d'équipement, de formation des enseignants et d'utilisation des nouvelles technologies. Et de citer l'exemple de la Finlande (Ah! la Finlande, championne des évaluations PISA), du Danemark et de la Grande Bretagne. Chez nos voisins d'Outre-Manche 78% des classes sont équipées d'un TNI contre...6% en France. Et c'est justement en Grande Bretagne que j'ai vécu l'expérience suivante.
J'ai pu, dans le cadre d'un stage, passer une journée dans une école élémentaire anglaise. Dans cette école, toutes les classes sont équipées d'un TNI (avec son vidéo projecteur) et les enseignants ont tous un ordinateur portable fourni par l'établissement, sur lequel ils doivent préparer leur classe (lors des inspections, l'ordinateur est mis à disposition de l'inspecteur).
J'assiste à un cours de Géographie dans une classe équivalente à notre CM1. Les élèves doivent compléter une carte vierge des îles britaniques avec les noms des pays. Sur le tableau, l'enseignant projette le puzzle de la carte. Un élève, à l'aide d'un crayon optique replace les éléments et inscrit les noms des pays, pendant que ses camarades recopient sur leur feuille.
L'enseignant "colle" l'élève qui travaille au TNI, il le corrige (en interrogeant les autres élèves de temps à autre).
A aucun moment, il ne se déplace dans la classe. Il semble craindre une fausse manoeuvre de l'élève actif.
Je suis assis dans le fond de la classe à côté d'un élève...qui a pris sa feuille à l'envers(!). Sa méprise ne semble pas le géner puisqu'il place les noms des différents pays sur sa carte qui a le nord au sud et l'est à l'ouest. Je lui fais remarquer la chose : il hésite un moment, tourne et retourne sa carte pour finalement reprendre son travail où il l'avait laissé...sur la carte à l'envers! Il rendra ce travail à son professeur à la fin de la séance.
Lorsqu'après le cours j'ai discuté avec cet enseignant, je lui ai raconté ce qui s'était passé. Il m'a dit que depuis qu'il travaillait avec un TNI, il se sentait "prisonnier de la technologie", qu'il avait reçu une formation technique mais pas pédagogique et que c'était pour lui comme un nouveau métier.
Cette petite histoire pose plusieurs types de questions :
1) D'abord des questions sur les pratiques enseignantes : Qu'apportent les nouvelles technologies à l'acte pédagogique et didactique? En quoi le modifie-t-elle? Que deviennent les interactions maître-élève, élève-élèves, maître-groupe...?
2) Comment l'erreur est-elle gérée? Que devient l'évaluation formative dans ce contexte?
3) Quelle formation initiale et continue est-elle suceptible de modifier les schémas anciens du processus enseigner/apprendre chez les enseignants?
Question subsidiaire : L'outil informatique et sa mauvaise utilisation peuvent-ils nuire à la construction des savoirs?