Christian Germier : A propos de la déclaration d'indépendance
Réaction à chaud (!) :
Je ne m'attarderai sur le ton de cette déclaration que pour dire que je le trouve bien arrogant. Ce texte est plein de la certitude d'avoir raison; j'ai toujours préféré les convictions aux certitudes. De Kerchkove parle de terrorisme...on en n'est pas loin.
Sur le fond, le texte m'inquiète :
- Le cyberespace doit-il être un espace de non droit? Certainement pas! Il me semble que la liberté ne peut se passer de droit . On peut certes critiquer ce que font nos dirigeants (et je le fais régulièrement) mais rejeter le système en bloc (la démocratie, pour l'instant, on n'a rien trouvé de mieux) et la politique menée, c'est jeter le bébé avec l'eau du bain. Il n'y a pas deux mondes, le virtuel (forcément juste et bon) et le réel (forcément liberticide). Ce texte contient une conception pour le moins originale de l'éthique (Il y aurait une éthique qui ne concernerait que le cyberespace).Non, l'éthique c'est ce qui est au dessus du droit et de la morale. L'éthique est universelle : elle n'appartient pas plus à un monde qu'à un autre. Pour un cyberespace vertueux, il faut que l'éthique y soit la même que dans l'espace réel.
- Certains n'opèrent-ils pas un dédoublement de la personnalité? Y-a-t-il en chacun d'entre nous depuis l'avènement du cyberespace un être virtuel et un être réel? L'homme devient-il quelquechose que "Freud n'avait pas pu prévoir"comme le dit De Kerchkove? (Je suis intéressé par des références phlosophiques sur cette question.)
- Il y a contradiction à parler de "territoire", "d'invasion", de "colonialisme" et en même temps "d'espace ouvert". Si les "chevaliers du cyberespace" sont si forts que ça, ils n'auront aucun mal à repousser les hordes de vilains technocrates de "l'autre monde". Cette vision du monde est ségrégationniste et dangereuse. Aujourd'hui les méchants "géants fatigués de chair et d'acier" et demain, à qui le tour?
- Je suis convaincu (mais je veux bien en discuter) que tout ne peut pas être dit . Il ne faut pas confondre éthique et liberté totale. L'éthique, c'est ce qui empêche certaines inepties d'être proférées. De par sa nature, le cyberespace ne peut empêcher la circulation "des expressions les plus vils de l'humanité". Il n'est donc pas éthique par nature, il ne peut l'être que dans son fonctionnement, son utilisation par des êtres de chair et de sang, bien réels. Oui quand je me balade sur le web, quand je discute avec des amis sur ma messagerie préférée, quand j'écris cet article (un peu chaud, je vous l'accorde), je sens que je commence à avoir mal au dos et que j'irai bien boire un café.
- Ai-je bien lu "Nous allons nous répandre sur la planète, afin que personne ne puisse arrêter nos idées"? d'autres ont dit ça en d'autres temps pour de bien mauvais motifs!
Au delà de la polémique, ce texte soulève des questions majeures pour l'humanité en général et chacun d'entre nous en particulier. Le cyberespace est un enjeu économique, politique, informationnel considérable. On constate tous les jours qu'il est devenu un contre-pouvoir puissant... que les puissants aimeraient bien maîtriser. En ce sens, je comprends l'agacement de notre cybernaute sécessionniste (si ça n'est qu'un agacement...!). Un espace de liberté, c'est important. Mais rien ne justifie de vouloir isoler le monde virtuel du monde réel, il ne font qu'un seul et même monde (pluriel certainement), qui se complexifie (c'est sûr).
Un monde atteint de dichotomie serait la pire des choses.
Dans les domaines de l'éducation et de la formation les défis sont énormes : non seulement il faut enseigner à naviguer mais il faut aussi enseigner à ne pas se perdre (dans tous les sens du terme). Le défi relève sans doute d'une mutation inéluctable des métiers de l'éducation et de la formation. Il dépasse largement l'école pour concerner, toutes les institutions qui ont à voir avec l'action d'éduquer.